Laboratoire et site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure en Lorraine : comment on nous roule dans la farine

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L’avertissement de l’office parlementaire, dernièrement formulé à l’Assemblée Nationale française, est cinglant : gouvernement et industriels sont priés de se conformer aux procédures fixées par la loi. EDF et son PDG Henri Proglio, nommément cité, sont accusés de privilégier la rentabilité au détriment de la sécurité (voir : http://blogerslorrainsengages.unblog.fr/2010/10/29/dechets-nucleaires-en-lorraine-la-securite-passera-apres/). Certaines estimations chiffrent en effet la facture globale du centre d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure, dans la Meuse, entre 20 et 30 milliards d’euros, au lieu des 13 milliards d’euros initiaux. Or, l’adition doit être supportée à 80 % par EDF. Ce supplément résulte d’un mélange d’inflation, de hausse des matières premières et de surcoût lié à la pseudo-réversibilité du stockage.

L’État français est également suspecté de ne pas jouer le jeu de la procédure arrêtée par la loi. Ainsi, depuis qu’elle a été créée en 2006, la Commission Nationale d’Evaluation Financière n’a jamais été réunie. Par ailleurs, l’Élysée est accusé d’entretenir un climat de tension au sein de la filière du nucléaire.

Néanmoins, dans leur rapport, les parlementaires ne citent à aucun moment le nom de « Bure ». Une hypocrisie de plus, puisqu’il est précisé que le stockage ne pourra se faire que près d’un laboratoire. Or, il n’y qu’un laboratoire, c’est celui de Bure, où en 16 ans, plus d’un milliard d’euros a été investi.

Ces non-dits sont à l’image de « la fausse transparence » qui entoure ce dossier sensible. Les citoyens sont mis à part. Les associations spécialisées n’ont jamais été auditionnés. Pourtant, en l’espace de deux ans, une pétition a réuni 40 000 signatures de personnes en Lorraine et en Champagne-Ardenne qui ne veulent pas de ce centre de stockage. Malheureusement, quelques élus locaux ont décidé qu’il en serait autrement.

Il faut en effet savoir que ce sont les résidus hautement ou moyennement radioactifs à vie longue (des centaines de milliers d’années pour certains) et issus du retraitement des combustibles brûlés dans les centrales qui seront stockés dans le sous-sol meusien. Si leur volume est relativement faible (44 000 mètres cube en 2007, 56 000 mètres cubes en 2030), ils concentrent à eux-seuls 99,9 % de la radioactivité totale des déchets nucléaires français. Ces substances sont actuellement stockées à La Hague, dans la Manche, et à Marcoule, dans le Gard. La loi du 8 juin 2006 prévoit de les enfouir à 500 mètres de profondeur dans les couches d’argile sur le site du laboratoire expérimental de l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Nucléaires (ANDRA), à Bure, dans la Meuse. Le calendrier fixé par la loi programme un débat public en 2013. Il sera suivi d’une enquête publique et d’une demande d’autorisation en 2015, pour une mise en service du stockage des déchets en 2025. Ces déchets resteront accessibles pendant une durée de 100 ans, au cas où une nouvelle technologie de traitement permettrait de les déstocker. C’est ce qu’on appelle la réversibilité. Or, selon des experts indépendants, cette réversibilité est impossible. Cette notion aurait ainsi été « inventée », afin que le projet d’enfouissement puisse être plus facilement accepté par la population. C’est le premier mensonge de ce dossier.

Par ailleurs, certaines acquisitions foncières de l’ANDRA aux environs de site d’enfouissement de Bure sont suspectes. D’une part, car les élus ruraux ne sont pas au courant de ce qui se trament. D’autre part, en raison de leur ampleur : 600 hectares. Au sujet de l’acquisition de ces terrains, pourquoi l’ANDRA ne divulgue-t-elle pas leur prix ? Pire, pourquoi les cache-t-elle ? En réalité, des tractations s’effectueraient pour acheter des fermes pour des échanges ultérieurs contre des exploitations à Bure ou dans les environs. L’ANDRA solliciterait également les propriétaires forestiers, car elle rechercherait 150 hectares à proximité de Bure pour se débarrasser des montagnes de gravats attendus par le creusement de la méga poubelle souterraine. Des grabats qui vont où, en attendant, actuellement ? C’est la question. 

De même, il faut savoir que l’ennemi n°1 de l’enfouissement des déchets radioactifs, c’est l’eau. Car l’eau corroderait l’emballage des déchets, ce qui libèrerait alors les particules radioactives et les entraînerait au fil des circulations souterraines et contaminerait de très vastes régions. A Bure, l’ANDRA a martelé pendant des années que le sous-sol était idéal car opportunément sec. Or, des géologues plus « libres » que ceux qui travaillent pour le lobby de l’atome ont fini par faire avouer à l’agence qu’en réalité « le sous-sol de Bure contient des millions de mètres cube d’eau ». Ce qui est d’ailleurs logique, puisque la couche géologique supérieure est composée de calcaire (oxfordien). Or celui-ci est truffé de gouffres et de cavités, autant d’éléments qui ne peuvent que piéger l’eau en grande quantité. A tel point que ce secteur est localement qualifié de « château d’eau ».

Aujourd’hui la zone de Bure est un bloc homogène, coincé entre deux fossés d’effondrement majeurs : le fossé de Gondrecourt-le-Château et la vallée de la Marne. Si le projet d’enfouissement allait à son terme, le sous-sol, c’est-à-dire à 500 mètres de profondeur ici, se verrait transformé en véritable gruyère par la multitude de galeries creusées. Le bloc ne serait alors plus homogène. Il subirait les effets de séismes réguliers se produisant à seulement quelques dizaines de kilomètres, à l’image de celui de Saint-Dié-des-Vosges survenu le 22 février 2003 et qui s’était ressenti dans un rayon de 200 à 300 km. Des failles et des microfailles apparaitraient, drainant et entraînant les eaux supérieures vers le cimetière radioactif souterrain. Or, dans la mesure où les couches géologiques de la région de Bure ne sont pas horizontales mais inclinées vers l’Ouest, les circulations d’eaux souterraines porteraient essentiellement et irrémédiablement leur contamination vers la vallée de la Marne, avant de se diffuser dans tout le Bassin Parisien. La complexité de l’hydrogéologie locale laisse également à penser qu’une partie des contaminations suivrait le Bassin Mosan (Meuse), et de là tout son aval. C’est là le second, et non des moindres, mensonges de ce dossier.

La question sous-jacente est ici : que faire des déchets radioactifs à toxicité quasi éternelle et comment les gérer ? Ceux qui ont lancé le monde dans l’aventure nucléaire ont longtemps affirmé qu’on trouverait « plus tard » des solutions aux déchets produits. Le « plus tard » ayant sans cesse été repoussé, les gestionnaires avisés n’ont rien trouvé de mieux que de se débarrasser de ces poisons violents en les enfouissant à plusieurs centaines de mètres de profondeur.

Enfin, une dernière question nous hante : si une fuite survient à 500 mètres sous terre, que pourra-t-on faire ?

Plus d’informations sur : http://blefondation.e-monsite.com/rubrique,dechets-nucleaires,311789.html.

(Sources : Le Républicain Lorrain, CEDRA, Fédération STOP Déchets Nucléaires Grand Est)

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5 Réponses à “Laboratoire et site d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure en Lorraine : comment on nous roule dans la farine”

  1. Entre la centrale nucléaire de Cattenom et ses 4 réacteurs au Nord, celle de Chooz dans les Ardennes à 150 km à l’Ouest de Longwy et celle de Fessenheim en Alsace à 140 km à l’Est d’Epinal, les possibilités d’échappatoire en cas de scénario catastrophe pour les Lorrains sont rares. D’autant plus qu’avec le futur centre d’enfouissement des déchets radioactifs à vie longue dans le Sud de la Meuse à Bure, nous serons complètement cernés. Le stockage devrait y démarrer en 2025. Une date à laquelle l’étau nucléaire se refermera définitivement sur la Lorraine.

  2. En raison de leur topographie accentuée, l’Alsace, et dans une moindre mesure la Lorraine, sont des territoires à sismicité modérée. Cela signifie que l’activité sismique y est régulière, mais essentiellement constituée de séismes de faible magnitude. Même s’ils sont parfois perçus par la population, ils engendrent rarement des dégâts. Ainsi, dans les Vosges, il y a tous les jours des séismes de magnitude 1 ou 2, des séismes de magnitude 3 plusieurs fois par an et un séisme majeur de magnitude 4,5-5, qui est perçu et fait quelques dégâts, tous les 4-5 ans. L’épicentre est essentiellement localisé au niveau des Vosges et de la Forêt Noire. On retrouve encore dans cette zone un système de failles tectoniques encore actives qui crépitent assez régulièrement. Par exemple, sur le versant occidental des Vosges, il y a un ensemble de failles qui créent de la sismicité. Le dernier séisme bien connu, proche d’une magnitude 5, est celui de Rambervilliers, survenu en février 2003. Rappelons enfin que la Lorraine avait été touchée en 1356 par un séisme qui s’était produit à Bâle et dont la magnitude a été estimée à 6,5 sur l’échelle de Richter.

  3. Si les déchets français sont enfouis à Bure, qui dit que la France n’acceptera pas de stocker les déchets d’autres pays, afin de faire un peu de business nucléaire au détriment de la Lorraine ? Pour certains, toutes les rentrées d’argent sont bonnes, non ?

  4. L’hérésie de l’ANDRA à Bure prolongée !

    L’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) a dernièrement obtenu la prolongation jusqu’au 31 décembre 2030 de son autorisation d’exploiter son laboratoire souterrain situé à Bure, dans la Meuse, selon un décret paru au Journal Officiel. Le document précise que « les investigations, expérimentations et essais en laboratoire souterrain ont pour objet de réunir les données nécessaires à l’exploitation d’un éventuel stockage de déchets radioactifs en couche géologique profonde. Les recherches menées doivent notamment permettre d’« approfondir la connaissance des phénomènes physico-chimiques, mécaniques et thermiques », de « développer, optimiser et mettre au point les méthodes de construction et d’exploitation d’un stockage » et de « mettre au point des méthodes de scellement des ouvrages et de remblaiement de galeries ».

    Rappelons que l’ANDRA développe chez nous depuis 1998 un projet de « tombeau » des déchets radioactifs les plus dangereux produits en France par le nucléaire civil et militaire qui devrait être mis en service en 2025 (voir : http://blefondation.e-monsite.com/pages/cercle-de-reflexion/dechets-nucleaires.html). Le Centre Industriel de Stockage Géologique (Cigéo) doit servir à confiner pendant des siècles plus de 100 000 mètres cube de déchets nucléaires à haute et moyenne activité radioactive et à vie longue (HA/MA-VL).

    Le laboratoire de Bure est composé d’installations en surface (locaux administratifs, ateliers, laboratoires et bâtiment d’accueil du public), sur une superficie d’environ 17 hectares, ainsi que de plus de 700 mètres d’installations souterraines situées à 445 et à 490 mètres de profondeur.

    Avec cette nouvelle phase, l’ANDRA entend désormais passer à « la démonstration » en vue d’une demande d’autorisation de construction du stockage prévue pour 2016.

    Le Groupe BLE Lorraine est opposé depuis le début à l’édification de cette poubelle nucléaire française en terre lorraine.

  5. Enfouissement des déchets radioactifs français à Bure : volte-face d’Hollande

    Pourquoi le président Hollande autoriserait-il à Bure le projet d’enfouissement des déchets radioactif que le député Hollande a combattu et refusé en Corrèze ?

    En son temps, Hollande s’était en effet vivement opposé à ce projet lorsqu’il risquait de toucher à sa chère Corrèze. C’était sous Jospin, en 2000. Alors que le site d’enfouissement de Bure, en terre argileuse, venait d’être autorisé, une « mission granit » devait étudier l’implantation d’un second laboratoire de recherches. Le site de Saint-Julien-le-Vendômois, dans la circonscription du député et alors patron du PS, était pressenti. Or le Conseil Régional du Limousin, dont Hollande était également vice-président, a voté à l’unanimité une motion d’urgence pour s’opposer à « ces éventuelles implantations qui sont incompatibles avec la politique d’accueil des hommes et des activités poursuivie depuis plusieurs années ». En mai 2000, le bulletin de liaison des sites opposés à l’enfouissement des déchets radioactifs, baptisé « Bien profond », citait François Hollande comme étant « opposé au projet ici et ailleurs ». Au bout du compte, la mission granit s’est enlisée. Si bien qu’il n’y a eu qu’un seul centre d’enfouissement en France, à Bure (voir : http://blefondation.e-monsite.com/pages/cercle-de-reflexion/dechets-nucleaires.html), alors que la loi Bataille de 1991, votée par Hollande, prévoyait d’expérimenter plusieurs types de sites. Pour Hollande et la Corrèze, les déchets radioactifs, c’est oui, mais pas dans leur jardin.

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